" Combien de bénévoles et travailleurs m'ont haï à cause de ce mot : bokassa !
Combien ont transpiré pour tenter de répondre à mes attentes, plus de bokassa, cette fichue plante envahissante importée au Congo, par les colons, pour les plantations de café du Nord. Ils la coupaient, la brûlaient et cela faisait de l'engrais à moins cher.
Ses fleurs, bleues, sont sympathiques. La feuille sent mauvais, aucun animal ne la mange. Et ses graines se déplacent par friction...un véhicule qui passe, les éléphants, l'homme etc...
Cette plante est arrivée au kouilou, dans le parc national, véhiculée par l'homme, les éléphants.
Et depuis fin 2013, nous sommes tombés par hasard sur un article révélant les caractéristiques de cette plante. Elle arrête le feu, elle fixe les rives des rivières, elle fertilise les sols et plus la peine de couper la forêt, bokassa est là. On coupe, on brûle, on plante et ça pousse.
Nous, au sanctuaire, nous utilisons les feuilles pour le compost. Et nous laissons maintenant pousser bokassa, nous aidons parfois par la dissémination des graines, pour que cette plante protège les forêts galeries du feu... Envahissante, oui, mais que ne ferions-nous pas pour voir repousser la forêt ?
A Conkouati, il y a un village dont un côté est envahi par bokassa. Il est protégé du feu de ce côté. Est-ce que le parc national, assisté de l'expert conseiller technique principal, va réaliser que nous avons en main la plante miracle ?
En tout cas, que les futurs bénévoles soient rassurés... Plus de corvée bokassa !!
On les bichone maintenant. "

Aliette Jamart.

 

 
 

Une herbe pare-feu

Article publié dans l'Express par Chauveau Loïc

Envahissante, elle est détestée des Africains. Pourtant, elle protège la forêt tropicale.

C'est l'heure de la réhabilitation pour Chromolaena odorata. Cette herbe de 4 mètres de hauteur passe du statut de "peste végétale" à celui de "plante envahissante". Au Cameroun, les études de l'Orstom (Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération) viennent de montrer que cette Chromolaena protège la forêt tropicale des feux de brousse et favorise l'avancée de la végétation. La plante recharge aussi plus rapidement en matières organiques les sols épuisés par les cultures sur brûlis. Chromolaena est un vrai parasite. 

Originaire d'Amérique latine, elle s'implante en Asie au XIXe siècle grâce aux transports de produits agricoles. Elle y gagne son nom vernaculaire: "herbe du Laos". 

Au début du siècle, on la retrouve en Inde, où elle sert de haie végétale pour les maisons des colons britanniques. Elle entre en Afrique dans les années 20 par le port de Durban, où habite la plus grande colonie indienne du continent. Elle est signalée au Cameroun dans les années 60 et, depuis, ne cesse de coloniser le bord des routes et l'orée des forêts. Car l'herbe du Laos produit beaucoup de graines très légères qui volent au vent ou s'accrochent au pelage des animaux. De plus, elle n'a ni parasites ni prédateurs. Les Africains la détestent tellement qu'elle est appelée, selon les pays, "herbe de Bokassa" ou "herbe Sékou Touré", voire "herbe putschiste". Chromolaena a pourtant une vertu. Lors de la saison sèche, elle retient l'eau et reste verte. Elle brûle donc difficilement et constitue un pare-feu efficace. Et elle protège de son ombre les espèces colonisatrices de la forêt. L'Orstom a ainsi déterminé que la végétation a pu progresser jusqu'à 15 mètres par an dans certains endroits. Cette avancée est cependant très relative. La forêt camerounaise est rongée de l'intérieur par l'exploitation forestière et la culture sur brûlis. Le tapis végétal équatorial continue de se transformer en un manteau mité. Et ce malgré la bonne volonté de Chromolaena. 

http://www.lexpress.fr/informations/une-herbe-pare-feu_629674.html

 

 

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