Présentée comme un succès, la condamnation en Guinée de gros trafiquants d’animaux intégralement protégés nous laisse dubitatifs sur l’aspect exemplaire de la sentence. La modicité de la somme et des peines, eu égard aux énormes profits réalisés par les trafiquants, risque fort de non seulement pas être dissuasive mais se révéler incitative.

 
GUINÉE-CONAKRY : Trois trafiquants condamnés par un tribunal
 
Les projets œuvrant pour la protection de la faune sauvage en Afrique ont salué, le 1er août à Brazzaville, la condamnation de trafiquants de grands singes par le tribunal de Dixinn, en Guinée-Conakry, selon un communiqué du Projet d'appui à l'application de la loi sur la faune sauvage (Palf).
 
Le projet Galf, travaillant en Guinée-Conakry, estime que les opérations ont commencé en2012 avec la première opération menée contre des trafiquants de la faune sauvage depuis l’indépendance. Les projets Galf, Laga et Palf évoluant respectivement en Guinée, Cameroun et en République du Congo affirment, selon un communiqué, l’existence du fléau du trafic illicite partout, et le combat contre les trafiquants est partagé par de nombreux pays en Afrique. Le Palf, membre d’un réseau de projets de ce type en Afrique centrale et Afrique de l’Ouest, a affirmé, selon Naftali Honig, son coordonnateur: «Ce trafiquant était un des plus grands trafiquants de faune sauvage en Guinée et a probablement contribué au fait que la Guinée soit sanctionnée par la Cites en mars 2013.»
 
D’importantes amendes
Au terme de six mois de combat judiciaire, les trafiquants arrêtés à Conakry le 29 janvier 2013 au cours d’une opération mixte du bureau national d’Interpol et du ministère de l’Environnement, appuyée par les projets Galf, Laga et Palf, ont été condamnés aux plus lourdes peines que le pays vient de prononcer pour des crimes fauniques. Le tribunal de première instance de Dixinn a condamné Ousmane Diallo, un trafiquant majeur de grand singe, à un an de prison ferme ainsi qu’au paiement de 50000 000  francs guinéens (GNF), soit 6 666 USD de dommages et intérêt pour le ministère de l’Environnement.  Ses deux complices, Thierno Mamadou Diallo et Mamadou Alimou Bah, ont été condamnés à six mois de prison ferme et au paiement de 15 000 000 GNF, soit 2 000 USD. L’un d’entre eux est actuellement en fuite, un mandat d’arrêt a été délivré par le tribunal et tout est mis en œuvre pour le retrouver afin d’appliquer la sentence.
Le Galf a mené dix mois d’investigations sur leurs activités avant l’arrestation, le principal criminel a dit avoir vendu plus de 500 chimpanzés depuis 1994, également des hyènes, des panthères, un lionceau et des milliers d’oiseaux. Il travaillait avec des trafiquants spécialisés dans l’exportation de chimpanzés entre la Guinée et la Chine et était connecté à de nombreux réseaux criminels sur le continent africain et dans le monde. Il était capable d’exporter de grandes cargaisons de perroquets régulièrement, allant jusqu’à vendre illégalement des espèces provenant de lointains pays, comme des autruches, des gris du Gabon, des aras du Brésil, des cacatoès d’Australie ou des oiseaux indiens.
Lors de l’opération, plus de 150 oiseaux d’une dizaine d’espèces ont été confisqués chez lui et ses complices. Tous ont été réhabilités et relâchés dans la nature. Dimanche, le dernier groupe de perroquets a été relâché, ainsi les oiseaux retrouvent leur liberté et les trafiquants vont en prison. Le commerce de faune, organisé par de puissants réseaux, est associé à un taux de criminalité important. Selon Charlotte Houpline, coordinatrice du Galf, «briser ces réseaux va nécessiter un réel engagement des autorités guinéennes, car de grands criminels profitent du manque de volonté politique et de la légèreté des peines encourues. Cette fois-ci, le résultat est excellent, une année de prison ferme est la plus forte peine prévue par la loi pour ce type de délit, c’est une décision historique et pour la première fois la justice guinéenne envoie un message contre l’impunité, c’est un véritable progrès pour le crime faunique en Guinée
La Guinée a été identifiée comme étant une plaque tournante du trafic de faune à l’échelle internationale. Des espèces et leurs trophées en sont régulièrement exportés de manière illicite. Rappelons que le  2mars 2013 à Bangkok, les États parties à la Cites (la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flores sauvages menacées d'extinction) ont décidé unanimement de suspendre le commerce des espèces Cites avec la Guinée.
La sanction a été infligée car la Guinée a délivré de nombreux permis Cites frauduleux pour exporter des animaux, facilitant ainsi le commerce illégal d’au moins 130 chimpanzés et 10 gorilles exportés vers la Chine entre2007 et 2010. Les activités illégales de ce genre de trafiquants majeurs ont largement participé à discréditer la Guinée mais avec de telles peines dissuasives, l’espoir renaît.
Fortuné Ibara
 
Les Dépêches de Brazzaville
 
 
 
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