La tendance humaine à partager aurait pu emprunter une voie de l’évolution plus ancienne qu’on ne le pensait. Cette nouvelle hypothèse est issue d’une récente étude qui a analysé les performances des chimpanzés dans un test appelé le jeu de l'ultimatum.

Traditionnellement, le jeu est utilisé comme un test d’économie; deux personnes décident comment répartir une somme d’argent. Ce jeu modifié, dans lequel deux chimpanzés ont décidé de la manière de répartir des tranches de banane, semble avoir révélé le côté généreux des primates.

 

 

L’étude (lien plus bas) faisait partie d’une recherche pour découvrir les voies de l’évolution qui nous ont conduits à partager, même si cela n’a aucun sens économique. Selon les scientifiques, cette équité innée, cette notion de justice et de réciprocité, est un fondement important des sociétés coopératives comme la nôtre.

La principale chercheuse, Darby Proctor du Centre national de recherche sur les primates Yerkes à l’Université Emory, États-Unis, a expliqué pourquoi elle et ses collègues ont choisi d’utiliser le jeu de l’ultimatum, qui a été utilisé dans le passé pour illustrer la tendance humaine à partager. Pendant le jeu, un participant reçoit une somme d’argent et il lui ait demandé de "faire une offre" au second joueur. Si ce deuxième joueur accepte l’offre, l’argent est divisé en conséquence. Mais, si le deuxième joueur refuse cette offre, les deux joueurs ne reçoivent rien. C’est la base de l’équité face au dilemme de l’économie : si le premier joueur fait une proposition égoïste avec une offre inégale, le destinataire offensé peut refuser.

Et c’est exactement ce qui se passe chez l’homme. Bien qu’il est économiquement justifié de donner aussi peu que possible et d’accepter toute offre qui est proposée, les gens font habituellement des offres à peu près égales, ou "équitables" et ont tendance à refuser les offres jugées inégales ou "injustes". Proctor et ses collègues ont entrainé leurs participants chimpanzés à jouer à un jeu similaire, en utilisant des jetons colorés pour représenter une récompense.

Selon les explications du Dr Proctor :

Nous avons essayé de les rendre abstrait, pour les faire ressembler à la fonction de l’argent. Nous les avons formés avec deux jetons différents. S’ils prenaient le jeton blanc, ils étaient en mesure de partager la nourriture en parts égales et en prenant le jeton bleu cela signifiait que le premier chimpanzé obtenait plus de nourriture que son partenaire.

Les chercheurs ont présenté les deux jetons au premier chimpanzé, qui devait alors choisir lequel offrir à son partenaire. Comme avec la version humaine du jeu, si le partenaire acceptait le jeton, les deux animaux recevaient leur récompense.Trois paires de chimpanzés ont joué à ce jeu et les résultats ont révélé que les animaux ont tendance à offrir une part juste et équitable de la récompense alimentaire.

Dans une autre expérience, l’équipe a reproduit le test avec 20 enfants de deux à sept ans. Ils ont découvert que les jeunes enfants et les chimpanzés ont réagi comme les humains le font généralement, ils tendent à opter pour une répartition égale de la récompense.

D’après le Dr Proctor :

Ce que nous essayons de définir, c’est la voie de l’évolution qui a amené les humains à partager. Les chimpanzés et les humains sont tous deux extrêmement coopératifs, ils s’adonnent à la chasse coopérative, ils partagent la nourriture, ils se soucient de la progéniture de chacun. Il est donc probable que l’équité était nécessaire dans l’évolution de la coopération. Il me semble que le sens humain de l’équité existe chez les primates depuis, au moins, aussi longtemps que les humains et les chimpanzés ont été séparés.

L’étude publiée sur The PNAS : Chimpanzees play the ultimatum game.

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