Parfois, les chimpanzés coopèrent pour résoudre des problèmes. Mais les scientifiques ne savaient pas si les chimpanzés s’aidaient vraiment les uns les autres dans leurs tâches communes, ou s’ils s’y attelaient en se concentrant sur les tâches connexes. Désormais, nous avons la preuve qu’ils travaillent consciemment pour former des équipes. Cela met en lumière à la fois le comportement social des chimpanzés et des humains.

Découvrir des mécanismes de coopération dans le règne animal peut s’avérer délicat. Après tout, beaucoup d’espèces se coordonnent pour obtenir des résultats mutuellement bénéfiques. Il y a de nombreux exemples de coopération animal, comme quand il s’agit de chasser, pour les loups, les hyènes les lions…. En les observant dans leur traque commune, il semble évident qu’ils coopèrent. Ce qui est moins clair, c’est le niveau de collaboration volontaire au travail, dans quelle mesure ces animaux comprennent la nécessité de s’aider les uns les autres pour acquérir une proie ? De façon plus générale, comment savons-nous que des animaux qui coopèrent ne sont pas seulement en train d’agir de façon indépendante vers un but commun, sans se soucier des différents rôles de leurs congénères "coéquipiers" ?

Ces questions sont essentielles pour comprendre le comportement des animaux, mais ils évoquent aussi la place de l’humanité dans le règne animal en général. Sans coopération l’être humain n’aurait pas aussi bien réussi. En reconnaissant à quel point les efforts d’un coéquipier peuvent compléter un travail, suggère que nous comprenons la coopération alors que d’autres animaux ne le peuvent pas. Mais quand avons-nous fait évoluer cette idée et y a-t-il d’autres espèces qui la possèdent ?

Alicia Melis, spécialiste du comportement animal à l’université de Warwick (Angleterre), pense que les chimpanzés pourraient détenir des indices cruciaux pour répondre à ces questions. Elle a étudié le travail en équipe chez les chimpanzés pendant des années.

Comprendre les similitudes entre l’habileté humaine à la collaboration de celle de nos plus proches cousins ​​primates est crucial selon elle et pas seulement pour élucider les mécanismes en jeu dans le comportement des chimpanzés, mais chez l’homme aussi.

Dans une étude, Melis et son collègue Michael Tomasello, un psychologue et co-directeur de l’Institut d’anthropologie évolutive Max Planck, ont mené une série d’expériences pour étudier les mécanismes à l’œuvre dans la collaboration des chimpanzés.

L’étude a porté sur un total de 12 chimpanzés, qui ont été appariés en équipes. Une boite qui renfermait une savoureuse récompense, sous forme de raisins, a été présentée à chaque équipe. Mais obtenir les raisins restait une tâche compliquée.

Chaque boite contenait un mécanisme de distribution de raisin qui nécessitait l’utilisation de deux outils non interchangeables. A partir de l’arrière de la boite, un chimpanzé devait déplacer les raisins à l’aide d’un petit râteau, tandis qu’un chimpanzé à l’avant insérait un bâton pour déclencher la libération de tous les raisins poussés dans la bonne position par son partenaire. La récupération des raisins nécessitait donc que les chimpanzés assurent des rôles complémentaires, mais également une aide dans l’accomplissement de ces rôles.

 

 

Les chercheurs ont compliqué les choses en donnant chacun des deux outils à un chimpanzé à la fois. Le chimpanzé avait la nécessité de partager un de ses outils, mais le bon, afin d’obtenir les raisins. Dix des 12 chimpanzés ont résolu la tâche, et le partage des outils s’est produit dans 97% des cas. Plus impressionnant encore : les trois quarts du temps, ils ont donné le bon outil à leur partenaire. C’est ce qui est le plus surprenant pour Melis. Cela montre qu’ils pensent à chaque rôle et à la façon dont ils sont liés entre eux.

L’étude, fournit donc la première preuve que les chimpanzés peuvent prêter attention aux actions d’un partenaire dans une tâche de collaboration et montre qu’ils savent que leur partenaire ne doit pas seulement être là, mais joue également un rôle spécifique s’ils veulent réussir.

Alors qu’est-ce que cela a à voir avec la coopération de l’homme ? Les chimpanzés et les humains partagent un ancêtre commun. Que les chimpanzés soient capables de tels niveaux de compréhension quand il s’agit de travail d’équipe suggère donc que notre capacité à collaborer intentionnellement pourrait trouver son origine dans l’évolution d’un ancêtre commun. Que ce soit effectivement le cas, dit Melis, il faudra plus de recherche pour le confirmer et le trouver. Elle espère réaliser ses tests sur la famille des bonobos pour confirmer que cette faculté est apparue avant les deux lignés (chimpanzés et humaines).

L’étude publiée sur Biology Letters : Chimpanzees’ (Pan troglodytes) strategic helping in a collaborative task.

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