Des chercheurs suédois ont découvert (en 2009) que Santino, un chimpanzé mâle dominant, prépare plusieurs heures à l'avance les pierres qu'il lance ensuite en direction des visiteurs du zoo où il vit.

 

Santino est un chimpanzé mâle de 31 ans qui vit en captivité, dans le parc zoologique de Furuvik, au nord de Stockholm. Né en Allemagne et arrivé à l'âge de 5 ans en Suède, le primate serait resté dans l'anonymat le plus complet si Mathias Osvath, un chercheur spécialisé en sciences cognitives à l'université suédoise de Lund, ne s'était pas penché sur son cas. Ce sont les responsables du zoo, étonnés par le comportement étrange de l'animal, qui ont contacté le scientifique.

Dans cet établissement, les chimpanzés habitent sur une île entourée d'eau. «En captivité, ces singes ont l'habitude de sauter sur leurs deux pattes pour se faire plus grands ou de taper sur des troncs d'arbres», explique au Figaro Mathias Osvath. «Ils s'amusent aussi à lancer sur le public des bouts de bois, des pierres, des excréments et trouvent cela très drôle.» Jusque-là rien d'exceptionnel.

Sauf que le chercheur suédois s'est aperçu que Santino profitait des moments de calme avant l'ouverture du zoo, le matin, pour aller méthodiquement ramasser des pierres dans l'eau. Très tranquillement, il amasse ses munitions et les dispose par terre de façon stratégique, à savoir uniquement du côté d'où vient le public. Sur les autres parties de la petite île, aucun tas de cailloux n'a jamais été découvert.

Lancer «à la cuillère»santino

En outre, Santino façonne ces pierres en forme de disques qu'il utilise ensuite, selon l'expression de Osvath, comme des «missiles». «Ainsi, quand il est surexcité et veut montrer qu'il est le mâle dominant, il a son petit tas, prêt à l'emploi», raconte le chercheur qui relève par ailleurs qu'il n'y a jamais eu de blessés graves puisque la plupart du temps, les pierres tombent dans l'eau. La raison est simple : ces animaux n'ont pas de bras et de poignets aptes à lancer fort et loin. Ils lancent donc «à la cuillère» car ils ne peuvent casser leur poignet à 90 degrés comme le font les êtres humains. Les scientifiques ont retrouvé plusieurs dizaines de tas de cailloux soigneusement rangés.

Après avoir étudié pendant dix ans le comportement singulier de Santino, Mathias Osvath en a déduit dans un article publié dans la revue américaine Current Biology, que ce chimpanzé «surdoué» était capable d'anticiper et d'élaborer des stratégies d'action à long terme. Une aptitude intellectuelle que l'on a longtemps cru réservée aux humains.

L'équipe de chercheurs suédois a également mené une étude sur des orangs-outans et sur d'autres chimpanzés. «Là aussi, nos travaux montrent qu'ils planifient l'avenir. À Cambridge, des chercheurs ont également démontré que des oiseaux de la famille des corbeaux anticipaient, note Mathias Osvath. Et nous pensons que les dauphins le font aussi.» Selon lui, la captivité n'a pas influencé le résultat, elle a juste simplifié l'observation de l'animal qui a agi seul, sans aucun stimulus. Le chercheur estime que «ces animaux ont probablement leur monde intérieur, comme les humains qui passent en revue dans leur tête des épisodes de leur vie passée ou pensent aux jours à venir.Les chimpanzés qui vivent dans la nature ramassent des pierres en prévision d'une attaque et ils planifient probablement tout cela à l'avance», poursuit Mathias Osvath, qui estime que la plupart des comportements quotidiens de ces primates procèdent de la même démarche.

Une preuve de plus

Sabrina Krief, maître de conférence au Muséum national d'histoire naturelle de Paris et spécialiste des chimpanzés, juge cette étude très intéressante. «Santino ramasse ses cailloux au moins quatre heures avant de les lancer sur les visiteurs. Il y a donc un laps de temps assez long entre les deux. Sans compter que cette opération n'a aucun rapport avec la nourriture comme c'est généralement le cas.» La chercheuse explique que, dans la nature, lorsque les fruits ne sont pas mûrs, les chimpanzés reviennent régulièrement voir s'ils peuvent ou non les consommer. Elle rappelle également que pour casser des noix, ces grands singes déplacent des pierres, parfois très lourdes, sur plusieurs centaines de mètres. L'anticipation y est donc réelle, mais effectivement toujours en rapport avec la nourriture.

«Cette publication montre également que quand le zoo est fermé pendant plusieurs jours, ce chimpanzé arrête de ramasser des cailloux, relève Sabrina Krief. En outre, le planning des jours d'ouverture n'étant pas régulier. Santino n'agit ni par ennui ni par réflexe.» Pour cette primatologue, l'étude de ses collègues suédois constitue une preuve de plus que la capacité d'anticipation, que l'on a longtemps cru exclusivement réservée aux hommes, n'est pas leur apanage.

 

 

http://www.lefigaro.fr/sciences/2009/03/11/01008-20090311ARTFIG00080-un-chimpanze-surdoue-au-zoo-de-stockholm-.php

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