L'ordre des chiroptères regroupe des mammifères volants, communément appelés chauve-souris. Avec près d'un millier d'espèces, c'est l'ordre de mammifères le plus nombreux après celui des rongeurs, auquel il est parfois associé.

Deux sous-ordres* étaient classiquement admis :

- les Microchiroptères (environ 800 espèces, de petite taille relative, capables d’écholocation)

- les Mégachiroptères (environ 170 espèces dont les fameuses roussettes, de grande taille relative)

 

L'écholocation n'est bien développée que chez les microchiroptères insectivores. Généralement actifs la nuit, ils peuvent se diriger dans l'obscurité en émettant des ultrasons dont ils captent la réflexion, écho localisant ainsi leurs proies et les obstacles.

Les mégachiroptères, quant à eux, se fient plus à leur vue et à leur odorat.

 

Les chiroptères sont les seuls mammifères doués du vol actif, à distinguer du vol plané que pratiquent les écureuils volants, les phalangers ou les galéopithèques. La plupart des espèces ne se posent qu'exceptionnellement au sol et s'y meuvent maladroitement. Ils se reposent en se suspendant aux aspérités par les griffes des orteils.

Les os de l'avant-bras, les métacarpes et les phalanges du deuxième au cinquième doigt sont très allongés. Ils forment la structure de l'aile dont la surface portante de l'aile (ou patagium) est un repli de peau contenant un très grand nombre de vaisseaux sanguins, de nerfs et de muscles. Le tissu qui forme l'aile des chiroptères est l'un de ceux qui se régénère le plus rapidement dans tout le règne animal. Sa forte vascularisation permet la régulation thermique par contact avec l'air lors de l'activité. Le vol des chauves-souris serait encore plus efficient et sobre en consommation d'énergie que celui des oiseaux (moindre consommation d'oxygène) comparables en taille ou type de vol. Des tests en soufflerie réalisés en Suède et aux États-Unis avec des chauves-souris nectarivores ont montré que comme les insectes elles optimisent leur vol lorsque leurs ailes s'abaissent en gérant au mieux les microturbulences du bord d'attaque des ailes qui confèrent jusqu'à 40 % de la poussée. Le pouce n'est pas compris dans le patagium et est pourvu d'une griffe.

 

 

Le genre Epomops de la famille des Pteropodidae (Roussettes) fait partie du sous-ordre des mégachiroptères et regroupe 3 espèces :

Epomops buettikoferi (Matschie, 1899)

Epomops dobsoni (Bocage, 1889)

Epomops franqueti (Tomes, 1860), chauve-souris de Franquet ou roussette à épaulettes de Franquet, chien volant ou renard volant à épaulettes du Congo (Un conte d'Afrique de l'Ouest raconte que la chauve-souris est le fruit des amours inattendues entre une oiselle et un renard**)

 

Les Ptéropodidés se distinguent assez aisément des autres chauves-souris par principalement sept caractéristiques suivantes :

Le second doigt est relativement indépendant du troisième doigt et, en général, conserve une griffe alors qu'il n'y en a pas pour toutes les autres espèces de chiroptères. Le Processus postorbital du crâne est bien marqué. La denture, très variable selon les espèces, est beaucoup plus réduite en général que chez les microchiroptères et il n'y a pas plus de deux incisives, aussi bien en haut qu'en bas sur la mâchoire. Le prémaxillaire est très développé, ce qui donne cet aspect canin mais il manque les branches palatales. Les oreilles sont moins développées que chez les autres chiroptères, l'écholocation est d'ailleurs moins développée chez ces espèces, voir pratiquement inexistante. Le tragus est minimal et la cochlée est petite. La queue est petite ou absente et n'est pas prise dans le patagium.

 

Epomops franqueti a un long museau et des oreilles pointues qui rappellent ceux des canidés. Comme les autres chiroptères, ses membres avant sont équipés d'un patagium qui permet le vol. Elle se distingue des autres par des crêtes dentelées à l'arrière de son palais. Son manteau de fourrure varie de l'orange foncé au brun foncé, avec un ventre plus clair, les surfaces intérieures de l'aile jaune pâle, et des épaulettes blanches. Epomops franqueti a également de grandes lèvres supérieures qui l'aident à se nourrir, elle n'a pas de queue. Les mâles ont des avant-bras entre 88 et 100 mm de long, tandis que les femelles ont les avant-bras entre 86 et 94 mm. Les mâles pèsent généralement entre 123 g et 158 g et les femelles pèsent habituellement entre 78 g et 130 g. Les oreilles de cette espèce varient généralement de 25 à 27 mm.

On la retrouve en Angola, au Bénin , au Cameroun , en République centrafricaine , en République du Congo , en République démocratique du Congo , en Côte-d'Ivoire, au Ghana , au Nigeria , au Rwanda, au Soudan du Sud, en Tanzanie , au Togo , en Ouganda , en Zambie.

 

Les chauves-souris de Franquet sont solitaires ou vivent en petits groupes dans les forêts de plaine à proximité des plans d'eau. Elles préfèrent les forêts tropicales humides, mais se nourrissent parfois dans des zones non boisées. Elles dorment dans les arbres allant de la taille des arbustes à ceux de plus de 6 mètres de haut, leurs ailes étroitement enroulées autour d'elles, avec un pied accroché de chaque côté d'une branche. Elles sont surtout crépusculaires, ne se déplacent guère la nuit et se dirigent surtout grâce à leurs yeux et leur odorat. Ces chiroptères voient très bien et disposent également d'un bon sens de l'odorat, ce qui leur permet de détecter très loin fruits et fleurs.

 

Epomops franqueti au triangle

 

Comme d'autres chauves-souris frugivores, elles se nourrissent principalement de fruits, de nectar et de pétales de certaines fleurs, elles font beaucoup de bruit en se nourrissant, par aspiration plutôt que par mastication. Les lèvres extensibles engloutissent le fruit. Le fruit est ensuite percé avec les canines et les prémolaires. Les mâchoires serrent le fruit tandis que la langue appuie le fruit vers le haut sur les crêtes dures de la bouche, le jus étant aspiré par la petite ouverture à l'arrière de la bouche menant au pharynx. Une fois que le jus a été entièrement extrait, elles recrachent ​​la masse fibreuse sous la forme d'une pastille, ces grandes masses pouvant être vues sous les arbres où les chauves-souris se sont nourri. Parfois, les chauves-souris se remplissent les bajoues et volent à des perchoirs sûrs pour manger.

En tant que frugivore, Epomops franqueti est probablement un important disperseur de graines. Il se nourrit aussi de temps en temps sur les fleurs (nectarivore), ce qui suggère qu'il peut aussi jouer un rôle marginal comme pollinisateur.

Certaines espèces d'arbres forment une interaction mutualiste avec la chauve-souris, c'est le cas de certaines espèces de baobab du genre Adansonia et des arbres à saucisses (Kigelia africana).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kigelia africana sur le site du camp du triangle à Conkouati.

Les fleurs de Kigelia africana sont pollinisées par des chauves-souris de la famille des Pteropodidae

qui les repèrent par leur couleur rouge et aussi par le fait que les fruits pendent sous les arbres et sont donc sur le chemin des chauves-souris.

Les fruits sont tellement durs qu'ils doivent être mangés par des éléphants pour pouvoir disperser les graines.

 

En Ouganda, Epomops franqueti a montré deux saisons de reproduction par an, les naissances coïncidant avec l'avènement des deux saisons de pluies. La période de gestation dure de cinq à six mois. Dans la première saison de reproduction la fécondation a lieu en avril et la naissance en septembre tandis que dans la deuxième saison de reproduction la fécondation a lieu à la fin septembre et la naissance à la fin février. Elles donnent le plus souvent naissance à un seul petit, le chauve-souriceau, qui nait nu et aveugle. La maman parture la tête en bas et le petit doit s'accrocher de lui-même sinon c'est la fin programmée au sol. Le petit rampe après quelques jours mais, si le vol est inné, à la naissance leurs ailes sont trop peu développées pour les soutenir dans les airs. Les femelles dotées de 2 mamelles allaitent leurs petits jusqu'à ce qu'ils soient sevrés. Le jeune est autonome vers l'âge de 4 mois. Des études menées au Congo, Zaïre et Côte-d'Ivoire indiquent des tendances similaires de reproduction.

Le mâle adulte a une boîte vocale osseuse et émet un appel aigu qui est entendu toute la nuit. Cet appel peut durer plusieurs minutes et sonne comme "kyurnk" à courte portée et comme un sifflet musical de loin. 

Epomops franqueti est également l'hôte d'un certain nombre d'endo- et ectoparasites y compris de protozoaires parasites (Hepatocystis), de bactéries (Eperythrozoon ), d'acariens, et de virus (Rage, Ebola).

La roussette Epomops franqueti est en effet l'une des trois espèces de chauve-souris frugivore africaine chassées pour leur viande et qui font toutes parties de l'alimentation de l'homme au Congo, Gabon, bénin et Nigéria, et qui a été trouvée infectée asymptomatiquement par le virus Ebola.

 

Extrait de http://www.erudit.org :

Des analyses ont montré que trois espèces de chauves-souris frugivores sont asymptomatiquement infectées par le virus Ebola : Hypsignathus monstrosus, Epomops franqueti et Myonycteris torquata. Ainsi, des IgG anti-Ebola on été détectées dans le sérum de 16 chauves-souris dont 4 Hypsignathus, 8 Epomops et 4 Myonycteris, alors qu’elles n’ont été retrouvées dans aucune autre espèce de chauve-souris ni aucune autre espèce animale. De même, des séquences nucléotidiques virales ont été détectées dans les organes de 13 chauves-souris dont 3 Hypsignathus, 5 Epomops et 5 Myonycteris. Le séquençage des fragments amplifiés a confirmé la spécificité des séquences. L’analyse phylogénique de ces séquences par les méthodes bayésienne et maximum de parcimonie a montré leur appartenance au « sous-type Zaïre » du virus Ebola.

Même si ces travaux, publiés dans Nature en décembre 2005, n’ont pu aboutir à l’isolement du virus, ils constituent les premières preuves biologiques identifiant certaines espèces de chauves-souris frugivores comme réservoir du virus Ebola. Ils complètent certains indices épidémiologiques recueillis lors des épidémies antérieures, concordent avec les aires de répartition de ces espèces recouvrant les régions épidémiques et confirment les études ayant mis en évidence une virémie transitoire chez certaines espèces de chauves-souris après infection expérimentale par le virus Ebola. Enfin, il est intéressant de constater que des chauves-souris frugivores sont également réservoir des virus Hendra et Nipah de la famille des Paramyxoviridae , et du virus de la rage de la famille des Rhabdoviridae, deux familles virales génétiquement proches des Filoviridae.

Les enquêtes épidémiologiques menées sur le terrain ont montré que les mortalités de grands singes dues au virus Ebola apparaissent souvent à la fin des saisons sèches, période où les ressources alimentaires se raréfient. Un tel appauvrissement alimentaire favoriserait la consommation des mêmes fruits, aux mêmes moments, par différentes espèces animales au régime frugivore, telles que les chauves-souris et les grands singes. Ces rassemblements augmenteraient alors la probabilité de contact entre ces deux espèces. À cet appauvrissement alimentaire se surajoutent plusieurs événements comportementaux et physiologiques chez les espèces de chauves-souris incriminées, telles que les compétitions intraspécifiques entre mâles et les mises bas groupées des femelles. L’ensemble de ces facteurs modifierait la nature et le niveau des réponses immunitaires, propices à la reprise de la réplication virale dans les organes cibles, voire à l’apparition de virus dans la circulation sanguine. La contamination des grands singes interviendrait alors à la faveur de contacts directs avec le sang et/ou les tissus placentaires des femelles chauves-souris au moment de la parturition.

L’identification des chauves-souris frugivores comme réservoirs du virus Ebola permettra de concevoir puis de mettre en place des stratégies adaptatives de prévention des épidémies auprès de populations habituées à consommer ces animaux, ainsi que des stratégies visant à diminuer le passage du virus aux grands singes dont les populations sauvages se trouvent menacées dans les régions endémiques.

                                                                                                                                                        

 

Epidémies Ebola de 1970 à aujourd'hui

cartes http://www.jeuneafrique.com/infographies/2014/carte-afrique-ebola/index.php

 

 

 

 

* Des études ont récemment suggéré que certaines familles de microchiroptères insectivores comme les Rhinolophidae, les Rhinopomatidae et les Megadermatidae pourraient être plus proches des Pteropodidae que de celui des microchiroptères. L'utilisation des données moléculaires et la multiplication des recherches ont permis de revoir et corriger la systématique de l'Ordre des Chiroptères. Les sous-ordres Microchiroptera et Megachiroptera ont laissé la place aux sous-ordres Yinpterochiroptera (Mégachiroptères + quelques familles de Microchiroptères) et les Yangochiroptera (les familles de Microchiroptères restantes). Cette classification est cependant très récente (les années 2000) et n'est pas encore rentrée dans les mœurs.

**  L'origine de la chauve -souris (conte africain) :

Il y a longtemps, bien longtemps, il n'existait sur notre terre que les herbes des champs, les oiseaux et un petit carnassier : le renard. Ce dernier, aussi agile qu'un épervier et plus vorace que le feu de l'enfer, faisait un véritable carnage parmi les oiseaux. Il les croquait soir et matin, petits ou gros, jeunes ou vieux, avec tant d'appétit qu'un jour il n'en resta plus qu'un seul sur la terre. Lorsqu'il s'en rendit compte, le renard se dit à lui-même : " Tant pis ! Cet ultime individu subira le sort de ses semblables. La loi du ravitaillement de mon ventre est inexorable".

Dès lors commença entre les deux animaux une partie acharnée et mouvementée. La chasse allait se terminer tragiquement pour l'oiselet quand celui-ci, au moment même où la griffe de son ennemi allait s'abattre sur lui, s'écria dans une inspiration subite : "Eh ! Renard ! Je suis l'unique survivant de tous mes congénères. Dernière semence de tous les oiseaux à venir, qu'ils soient du jour ou de la nuit, du lac ou de la forêt, de la grève ou de la dune, je suis leur seul espoir. Je t'en prie, Frère Renard, au nom de la compassion, accorde-moi la vie sauve !"

Pour une fois, le père de tous les renards oublia son propre intérêt. Il accepta d'avoir faim et de souffrir afin de laisser vivre le dernier représentant de la race qu'il avait lui-même anéantie. Mieux encore, pour se faire pardonner, il offrit à l'oiselet son amitié et lui demanda la sienne.

L'accord fut conclu. Le renard devint frugivore. Il ne buvait plus de sang chaud, sa nature se tempéra, il devint même galant et prévenant. Chaque jour, en effet, il ne manquait pas de rendre visite à son amie. Ainsi allèrent les choses tandis que sous la surveillance du Créateur les années s'écoulaient, que la Terre se déroulait comme un tapis et qu'apparaissaient montagnes et végétation.

Enfin le temps, cet outil magique, usa la querelle qui avait opposé le renard à l'oiselet.

Avec les saisons, ce dernier était d'ailleurs devenu une charmante oiselle de son espèce. Parée d'un plumage multicolore, elle était si séduisante qu'elle en vint à conquérir le cœur du renard.

Et pour lui, ce fut l'amour. Les deux anciens ennemis en vinrent au dénouement de tout amour heureux et ils accomplirent - j'en demande pardon à vos oreilles - ce que les bergers peuls nomment en termes polis "kiri kipp".

De cette union hybride naquit un être entièrement nouveau : la chauve-souris aux ailes membraneuses, l'être volant aux dents pointues mais qui allaite son poussin. Et voilà pourquoi la chauve-souris est mammifère parmi les oiseaux, et oiseau parmi les mammifères...

Ici finit le conte...

Mais pour qui réfléchit, il apparaîtra résumé tout entier par trois mots : espoir, compassion, amour. A ces trois vertus on doit ici d'abord le salut d'une vie, ensuite la victoire remportée sur une nature sauvage, enfin l'union de deux êtres différents pour en créer un troisième.

Amadou HAMPÂTÉ BÂ, "L'origine de la chauve-souris", extrait du recueil Il n’y a pas de petite querelle, Nouveaux contes de la savane, 2002 (Texte intégral)

 

 

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chiroptera

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pteropodidae

http://en.wikipedia.org/wiki/Franquet%27s_epauletted_fruit_bat

http://animaldiversity.ummz.umich.edu/accounts/Epomops_franqueti/

 

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