CINQ ANS.
Cinq longues années déjà que je suis venue au Congo la première fois. Cinq ans que j’ai fait la plus merveilleuse des rencontres en m’aventurant dans la jungle, au milieu des Chimpanzés. Cinq ans que je ne cesse d’y penser… chaque jour… tous les jours… Cinq ans que je me remémore, je me souviens, je revis et je rêve tout ça.
Les étendues, la brousse, les chemins, la terre, la forêt, les bruits et chants incessants qui y résident, ma rencontre avec Eux, la claque qui a changé ma vie, ma façon de voir, de vivre, de penser le monde et la place de l’être humain, l’incroyable pouvoir et majestuosité de la vie qui nous rappellent à chaque instant que nous ne sommes que goutte d’eau.
C’est long cinq ans. Très long. Et puis un jour, sur la route, on se rend compte à quel point on n'a rien oublié… Ca y est, le retour, enfin, j’y suis !

 


Novembre 2014. Pointe Noire. Ses rues sales et désordonnées, sa chaleur humide, sa poussière et sa circulation sans loi, ses odeurs de nourriture et ses sourires, Sueco et ses petites chambres… Je suis abasourdie et ne sais même plus pourquoi... Est-ce cette chaleur pesante ? Le bruit d’une ville qui m’a déjà échappé ? D’avoir enfin reposé le pied sur cette terre splendide, unique et indescriptible qu’est l’Afrique et qui m’appelle depuis aussi longtemps que je me souvienne ? Où est-ce le fait d’imaginer pour la millième fois ce qui m’attend, ce que j’attends depuis tout ce temps ?
Le lendemain, à Sueco, un visage familier, il est là, avec son bob, et nos regards souriants se croisent « Mr Kendou !!!! ». Nous faisons quelques affaires en ville, bureau, carte sim, puis allons chez Mme Jamart où j’ai le plaisir de croiser Matthieu ! Je me sens entourée, et ai l’étrange impression de revenir à la maison… Nous embarquons le ravitaillement, ainsi qu’un perroquet dans une cage rouillée, au milieu des régimes de bananes et des sacs, le tout dans le 4x4 épique et maculé de boue, toujours fidèle au poste. Le simple fait d’y monter me réjouit, et nous voilà partis pour Conkouati !!!! Je jubile. Je repense à tous ceux que j’ai pu émerveiller ou fatiguer avec mes histoires de Chimpanzés, et aujourd’hui rien d’autre n’a d’importance, je souris, et ce sourire reste greffé malgré moi tout le long du trajet.

Saison des pluies. La route a été modifiée par la tombée des eaux et beaucoup d’endroits sont chaotiques. Tout est raviné. Après le bac, dans la forêt, nous entamons une côte escarpée, chemin de terre et de boue modifié par la récente météo. Le 4x4 glisse, dévie, se bloque. Marche arrière. On réessaye plusieurs fois, mais le véhicule échappe à Kendou malgré ses efforts. Nous restons coincés. Et je suis surement la seule, mais je trouve ça très marrant !! C’est l’Afrique, pas à dire, je suis bien arrivée ! Autre tentative, mais un énorme bruit de claquage se fait entendre… le mode « 4x4 » ou la boite de vitesse certainement… aie
aie.. Je suggère qu’on dégage l’amas de terre qui s’est formé au milieu de la route suite à l’érosion et aux fossés que les eaux ont façonnés sur les côtés. On se met à creuser, armés de bouts de bois trouvés là. En quelques minutes me voilà trempée et déjà «fatiguée» de m’activer par cette chaleur, il faut que je m’y réhabitue... On réessaye de démarrer, ça bloque encore. On est trop chargé. Je propose de vider une partie du véhicule et de monter les sacs à la main. On s’exécute. Des sacs de 100 kg de légumes, l’oiseau… La simplicité à l’africaine. La voiture finit par monter, hourra !! Oui, sauf que les légumes sont en bas….. Kendou part chercher de l’aide au Sanctuaire. Et je reste avec Cario pour surveiller les sacs, et en monter une partie en attendant les renforts, qui arriveront plus tard.
Quel bonheur d’arriver enfin au Sanctuaire !!!! Les odeurs, l’entrée du site, la végétation, je n’ai rien oublié et ai vraiment l’impression de rentrer à la maison. C’est génial ! Je récupère le bungalow n°5, histoire de réellement revenir chez moi, et je m’endors apaisée, heureuse, sereine, et impatiente aussi… Je sais qu’Ils ne sont pas loin…. Et que ce n’est qu’une question d’heures… Soudain au petit matin, je sursaute, je me retrouve dans mon lit, assise d’un coup, il fait encore nuit, et j’ai le coeur qui bat très fort… Je ne comprends pas, jusqu'à ce que, quelques secondes après, des vocalises viennent de nouveau à mes oreilles ! C’est Dereck !!!!!!! J’écoute, je vibre, j’ai la gorge qui se serre, un sourire béat qui se dessine sur le visage, et j’ai presque envie de prendre un canoé… Non, patience…


Ce premier matin, on me présente «bébé civette», qui est arrivée au Sanctuaire depuis quelques jours déjà. Apeurée, elle prend le soin de me dire bonjour en me sautant un peu au visage... Elle est ici depuis peu, et son jeune âge nécessite qu’on s’occupe d’elle entre nourrissages et promenades. Elle est adorable.
Puis vient le moment des retrouvailles «visuelles» avec les Chimpanzés, je monte sur le bateau toute excitée et impatiente de voir s'ils réagissent à ma présence, mais frustrée d’avance de ne pas pouvoir être en combinaison de plongée.

L’île à Pépère : de loin, je vois leurs ombres surgir de la mangrove… Je suis très émue et lorsque le bateau se rapproche, il me semble que les larmes coulent sur mes joues… Enfin !!! J’y suis. Pépère et Banane, puis Moana... Comme il a grandi !!!!!! Un vrai et beau mâle adolescent qui m’impressionne, car si «petit» la dernière fois que je l’avais vu ! Il arrive tranquillement sur une branche de mangrove, et lorsque je l’appelle pour le saluer, il se stoppe net, bloque en me regardant, sourit, et part dans une excitation telle qu’il en tombe à l’eau de bêtise ! Quel plaisir de voir qu’il me reconnait !!! C’est vrai que nous passions des heures à jouer dans l’eau.. Je suis tout de même agréablement surprise. J’ai le droit à un regard curieux doublé d’un sourire de Banane, et à un regard belliqueux de Pépère : tout le monde va bien !! Puis les Yombés... Les petites de l’époque, celles d’Emma et de Charlotte, sont devenues de belles jeunes filles !! C’est bon de voir que le groupe va bien et que la famille s’est agrandie, et Ewo, déjà magnifique avant, est d’une splendeur épatante !!

Direction l’île à Dereck. J’ai le coeur qui palpite, et le ventre qui fait des bonds... Ce Chimpanzé, seul à l’époque, qui a changé ma vie. Nous longeons son île, je cherche des yeux, rien. Puis je vois enfin sa silhouette émerger des feuillages… Mon Dédé ! Mon amour de Chimp ! J’essaye de maitriser mon émotion, mais je pleure déjà. On attache le bateau, et je vois les femelles qui sont avec lui, que je ne connaissais pas. Il se fait attendre, alors je l’appelle. Il s’arrête, répond, puis débarque en display ! Un magnifique display d’accueil ! Il monte sur sa branche, et là, pendant de longues minutes, me regarde droit dans les yeux sans en démordre. Je pleure, je lui parle, je lui souris, et lui me fixe encore et encore... Nos regards ne se quittent pas. J’aurais aimé être dans l’eau. Quel bonheur aussi lorsque sa fille se rapproche de lui, et que je vois en lui un père de famille au milieu de ses congénères. Je suis heureuse pour lui. Heureuse d’avoir tenu la promesse que je lui avais faite, et que je m’étais faite à moi-même. Et je continue de pleurer ! Journée riche en émotion ! Retrouver les Chimps, la Lagune, la Forêt.. Le séjour à Conkouati peut commencer.

 

Dereck


(...) La quarantaine passée, c’est le moment des premiers nourrissages ! Je me sens pire qu’une enfant devant ses cadeaux de Noël, cela en est presque intenable ! Les Chimpanzés me font un accueil sans précédent : Moana saute partout à mon arrivée et essaye d’attirer mon attention avec ses bruitages de jeux enfantins sans me quitter du regard, Banane me tend immédiatement la main de loin en souriant afin que je m’approche, même Pépère daigne me signifier qu’il n’est pas sans me reconnaitre. Je me dirige coeur battant vers Banane, qui se fait le plaisir de prendre ma main dans la sienne en m’attirant doucement vers lui, pour me sentir et m’étudier le visage. Ca y est. Un Chimpanzé à deux centimètres de mon visage… Banane me regarde dans les yeux, me sourit, puis se rapproche de moi et me tapote l’épaule en souriant, il se recule encore pour me regarder de nouveau, se remet à sourire, et se rapproche encore une fois pour recommencer de plus belle l’accolade amicale et bluffante en émotion. Je suis tellement submergée à l’intérieur qu’aucune larme n’arrivera à frayer son chemin… Ce jour là, et pendant plusieurs jours, je ne pourrais approcher Moana pour jouer avec lui, l’évident intérêt de ma présence interpellant Banane systématiquement.
Les eaux sont très hautes, et du haut de ma petite taille, le nourrissage des Yombés est difficile. Je suis petite, et n’ai pas pied. Lancer des fruits ne met pas très à l’aise. Je mettrai quelques temps avant de trouver mes repères. Au long de mon séjour, les aléas de la montée des eaux me firent tout de même quelques surprises !
Chez Dereck, l’émotion est à son comble, et durant le nourrissage, je ne cesse de sourire, de me rappeler à quel point j’ai de la chance d’être ici, à quel point je suis bien et je n’ai plus peur de rien. J’observe, je reste discrète et en retrait face au portrait de famille touchant que j’ai sous les yeux. Bien que ne cessant pas de me regarder et de considérer ma présence, à mon grand étonnement, il mettra trois jours avant de tendre sa grande main de Chimp en ma direction, et de m’attirer vers lui pour me groomer. Son odeur, sa force démesurée, son regard curieux à un petit centimètre du mien, ses mains sur ma tête, sa bouche sur mon front, ses canines sur le haut de ma joue ou sur mon menton… Il pourrait m’arracher un bras ou me défigurer aisément. Pourtant, je réalise encore une fois que c’est l’endroit au monde où je me sens le plus apaisée. Sentiment indescriptible et fou…


La vie au sanctuaire se rythme avec les nourrissages, la météo et différents événements. Je nourris Pépère à la main, chose juste impensable avant, nous travaillons au camp entre nettoyage des bungalows et de la maison pour les touristes, ramassage de branches ou feuilles, nettoyage des réserves, tri des fruits et légumes, préparation de nos propres repas (...) invasions de fourmis manians, pluies diluviennes et nourrissages rigolos sous une douche tropicale, observations d’oiseaux et de faune en tout genre, balades en canoé en fin de journée… On ne s’ennuie pas à Conkouati !
Les nourrissages s’agrémentent de jolies anecdotes : me voilà sur l’île de Dereck en train de me faire groomer pour la première fois par trois Chimpanzés en même temps (Dereck, Tina et Tchoula) et d’être l’objet de toutes les curiosités. Nous voilà en train de jouer à «marmite-pêche» avec eux en mettant de l’eau et des petits poissons dans la marmite à la fin du nourrissage pour observer leur réaction, s’apercevoir que M’Biffany, très altruiste, prend plaisir après avoir créé un courant d’eau en faisant tourner ses mains à l’intérieur, à les attraper et à relâcher ces petits êtres vivants dans la mangrove plutôt que de les manger ou torturer. Voilà Chaba, en position suspecte d’accouplement sur Okapi malgré son jeune âge, se faire gronder par Olga agacée par le jeu, et lui faire face avec une grimace effrontée en guise de frustration ; scène qu’on ne peut s’empêcher d’associer au comportement d’une mère protectrice jugeant sa fille trop jeune pour ce genre d’activité ! Voilà le jeune Moana, content de pouvoir jouer, entrer dans l’eau de la mangrove et faire semblant de s’y immerger pour avoir le plaisir de mieux nous éclabousser, ou encore s’accrocher à une branche, face contre l’eau comme s’il faisait la planche, en tendant son pied vers nous pour qu’on le lui attrape. Voilà Tchoula en train de profiter de la longueur de mes cheveux pour s’y suspendre et se balancer en s’en servant de liane, et en prenant ses impulsions sur mon dos. Voilà Olga et Ewo en pleine démonstration d’amour, se prendre dans les bras, s’embrasser sur la bouche, et se câliner affectueusement et délicatement… Les Chimpanzés sont plein de ressources et d’idées, de pitreries et d’affection.. Chaque jour à son lot d’amusements, de jeux, d’étonnements ou de surprises.

 

       

Chaba, Okapi, Tchoula


Le Sanctuaire nous réserve également un quotidien imprévu : arrivées de touristes, rires, galères d’eau ou de forage, visites incongrues de bestioles, attaques inopinées de manians, situations amusantes, et tensions aussi…
Pour l’anecdote qui nous a valu un sacré fou rire, un soir, alors que nous finissons de diner Charlotte et moi, tandis que je suis encore à table, elle se dirige pour aller chercher quelque chose dans la réserve. Soudain, je sursaute en l’entendant crier !! Surprise, je lui demande ce qu’il y a, en allant déjà en sa direction. Elle répond, complètement affolée «un serpent, ouh p****, là, un serpent, un seeeerpeeeeent, il rentre dans la réserve !!». Détail des plus importants : il faut savoir que chacune de nous a une phobie très peu pratique en ces contrées : elle se retrouve tétanisée en présence de serpent, quel qu’il soit, et moi, suis en panique la plus totale lorsqu’un insecte volant et bruyant type coléoptère ou papillon de nuit me tourne autour… Je vois de loin une fine et très longue forme rampant en dessous de la porte. Je m’approche. Charlotte est au bord de la crise de nerf, et moi, amusée, me mets à rire, et à rire encore et encore pendant qu’elle crie. Je lui dis que je vais l’attraper. La tête de l’animal est ronde, non triangulaire : bon, c’est déjà ça, j’ai au moins une chance très mince pour qu’il ne soit pas venimeux… Je m’arme d’un bâton ridicule et entre dans la réserve. Il est derrière la porte, je dois donc lui faire face, et il est entre l’unique sortie et moi, pas de raté autorisé… J’essaye de glisser le bout de bois au niveau du haut du corps afin de soulever l’animal, mais le reptile se rebelle et se met en huit, position défensive, rendant impossible la manoeuvre. Forcément, nous n’avons pas de crochet à serpent, bien dommage. J’ignore s’il est dangereux, mais ses couleurs ne m’inspirent guère confiance. Concentrée, et ne voulant pas qu’il me «saute» dessus, je demande un balai à Charlotte, toujours en riant et m’amusant de la cocasse situation. Celle-ci me tend l’objet tout en riant et vociférant à tue-tête; elle me fait mourir de rire ! Et là, soudain, un vrombissement tétanisant fait son entrée !!!!! Je me fige de l’intérieur. Un coléoptère énorme vient de s’incruster dans le scénario, et batifole autour de la lumière, s’y cognant stupidement. Je crie à mon tour !! Avec mon balai, en train de rire et de hurler en même temps, pour le coup je n’étais pas fière ! Charlotte se plie de rire et se moque de ma réaction face à l’insecte alors que je suis capable de garder mon calme face à un serpent. On rit ensemble à gorge déployée. Mais je tâche de me re-concentrer rapidement et trouve la force d’occulter la bestiole volante. Le serpent finit par glisser sous la porte, et par ressortir devant la réserve où se trouvait Charlotte, au grand plaisir de mes oreilles… Terminé ! Coup d’adrénaline tout de même. Je rassure Charlotte qui a des frissons, qui continue de crier régulièrement, et qui continue de se marrer parce que j’ai peur d’un truc qui vole ! Nous avons bien ri, et avons même continué sur le chemin du retour aux bungalows ! Moment épique !

 


(...) Nous avons la visite d’Aliette, ainsi que de touristes. Jardin et plantations, photos de la déforestation et autres, travaux au camp, accueils des arrivants, balades en brousse, nourrissages avec ou sans touristes rythment le quotidien. Les Fêtes passent, et Lucie me fait savoir que je vais passer une semaine ou deux au Bivouac. Un peu sceptique au début sur la courte durée de mon séjour et le fait de «laisser» les Chimpanzés du Sanctuaire, je me retrouve vite impatiente d’y être !
Le jour de mon départ au Bivouac, nous partons avec le ravitaillement et en profitons pour ramener Lucie. Je fais le trajet avec eux jusqu’au Triangle. Et quelle journée ! D’abord, je me réjouis devant le vol d’un calao à casque, puis les martins-pêcheurs, un buffle qui sort de la rivière à l’approche du bateau ! Génial ! Puis le Triangle, des vocalises. Les Chimpanzés sont là !!! J’ai une chance incroyable, ils sont très près du camp, peut être pourrais-je les voir ! Lucie m’emmène derrière le camp, à quelques mètres de là. Un arbre fruitier géant, et à sa cime, de grosses boules de poils ! Ahhhh extra !!!! Je suis très heureuse de les voir et les observe tant que je peux, émue et admirative de les savoir libres. Et puis, à nos pieds, des branchages cassés, piétinés, des empreintes géantes. Lucie me dit que ce n’était pas là la veille, que c’est tout frais. Effectivement ! A quelques mètres, plus loin, des branches bougent et attirent mon attention. Je m’attends à voir débarquer un Chimpanzé, et focalise mon regard au sol. Alors qu’en face de nous se tiennent simplement deux éléphants, attirés ici par les fruits que font tomber les Chimps !!! J’ai une montée d’adrénaline et suis toute excitée par la situation, qui me scotche un sourire d’émerveillement ! Ils se rapprochent gentiment sur le layon, sans nervosité, en mangeant. Nous les observons, et j’espère intérieurement et inconsciemment qu’ils nous donnent l’occasion de partir rapidement ! Le plus petit des deux s’avance encore. Nous ne bougeons pas et faisons face à cet immense et splendide animal. Je savoure chaque seconde. Il s’agace de notre présence et fait un signe de pied offensif qui nous fera reculer pour retourner au camp. Je continuerais de les observer de près, accroupie près d’une cabane et prête à rouler au dessous. Puis nous devons repartir. Quelle chance d’avoir pu voir tous ces animaux ! Et le trajet en direction du Bivouac se soldera par le vol d’un martin-pêcheur géant magnifique !


Arrivée au Bivouac. Je descends du canoë, remonte le chemin qui mène au camp, et là, j’adore !! Je suis si contente d’être en pleine Forêt, et le camp est spartiate et adorable. Je vais m’y plaire, c’est sûr ! J’adore l’idée de dormir là, et j’adore la douche !! Un peu «anxieuse» de ma rencontre du lendemain pour la première fois avec les petites Chimpanzés du Bivouac. Pressée tout de même, comme une enfant devant le rêve d’une vie.

Premier matin en Forêt. Je pars avec Alain à la rencontre des petites. Elles sont là ! Indescriptibles sentiments confondus. Immédiatement, l’une d’elles descend et se dirige vers moi, c’est Pattex, qui restera assise par terre, devant nous, sans pouvoir m’ «approcher», à son grand désarroi. Youbi la rejoint et passe à coté de moi. Elle se lève pour me regarder, tranquille, puis s’assied un peu plus loin. Je me sens si petite face à tout ça, elles me fascinent. Elles remonteront dans les arbres et la journée de suivi et d’observation commencera.
Je dessine sous le contrôle d’Alain le plan de la forêt du Bivouac sur mon cahier. Je me fixe l’objectif de savoir me repérer en quelques jours et travaille ma géo-localisation lorsque nous nous déplaçons. Je me surprends à avoir accompli la mission «rapidement». Ne connaissant que très peu de noms de plantes ou la flore en tout genre, je me concentre également sur l’aspect botanique, et apprendrais tout au long de mon séjour beaucoup en la matière. Ce fut formateur !

 


Les journées en Forêt me plaisent et m’apaisent, les Chimpanzés ne me tiennent guère rigueur de ma présence et semble même l’accepter. J’adore les regarder, mais ai encore du mal parfois à les reconnaitre de loin et du dessous lorsqu’elles sont haut dans la canopée.
Une fin d’après midi, une pluie torrentielle s’abat sur le Bivouac. Alain, parti seul en Forêt, a dû sortir et est arrivé au camp, suivi de loin quelques minutes après par… Youbi ! Elle passera la nuit non loin de nous, l’heure se faisant de plus en plus tardive. Et le lendemain matin, j’eus le plaisir de la rencontrer. Il faut l’inciter à nous suivre en Forêt pour rejoindre les autres. Elle descend de son arbre, et quelle n’est pas ma surprise lorsque je la vois s’avancer… vers moi ! La Chimpanzé, l’air perdu, s’assoie à mes pieds, me regarde, et me tend les bras… Ca me flatte et m’émeut aussi. Je regarde Alain et lui demande du regard si je peux, il sourit et hoche la tête. Je tends les bras à mon tour à Youbi, et sens immédiatement ses petits pieds m’escalader gaiement. Eh bien ! Un Chimpanzé dans les bras, ou plutôt sur moi dirais-je, c’est une première !! Je profite quelques instants de ce doux échange puis lui fais signe de redescendre. Nous l’amenons donc sur le layon, en route pour retrouver ses congénères. C’est génial de marcher avec elle. On est trois. Nous retrouverons les autres peu de temps après.
Ces derniers temps, les Chimpanzés dégustent des Coulas edulis, que toutes apprécient principalement ! Elles passent des heures dans les mêmes arbres ! Ce qui laisse aussi le temps de regarder autour de soi, découvrir des insectes biscornus, entendre des chants ou bruits d’animaux à tout moment, découvrir la magie des lianes, s’extasier devant le tronc d’un arbre, ou encore sentir des odeurs de fleurs de Pentaclethra, escalader des racines de Parkia, tout en contemplant des Chimpanzés heureux et libres !! Le bonheur !
Après une quinzaine de jours, alors que nous sommes en forêt, un événement inattendu. Les petites se reposent au milieu d’un layon, mais Dolly semble soudain préoccupée. Nous regardons les alentours et tendons l’oreille. Rien. Elle se détend. Et puis une vocalise se fait entendre non loin de nous ! Les Chimps se redressent, et sont à l’affût. J’ai une montée d’adrénaline assez plaisante, il se passe quelque chose d’intrigant. C’est un mandrill !!! Un mâle adulte qui s’exprime et s’égosille à quelques mètres ! Pattex commence un timide display et tente d’intimider le mâle, mais se ravise quand celui-ci ne démord pas. Il reste là et ne bouge pas, et continue de signifier sa présence. Elle se rapproche finalement de nous, et profite malignement de la situation quand je lui tends la main pour la première fois afin de la «rassurer». C’était peut être idiot de croire qu’elle prêterait plus attention au mandrill qu’à moi… Me voilà l’objet de la curiosité de notre chère Pattex ! Je me laisse faire, intimidée et heureuse tout de même de cette opportunité de rencontre. Elle m’examine et tout y passe ou presque, puis je me retire doucement pour que l’on puisse avancer et quitter les environs dangereux. Entre le mandrill et les Chimpanzés, quel moment fort en émotion !!
Mon séjour au Bivouac se termine. Je ne veux pas partir, les petites se sont habituées à moi et moi à elles, j’aime la tranquillité de la forêt, j’y ai appris pas mal de choses en peu de temps. Je sais que mon départ en France approche. Je voudrais repousser mon billet d’avion. Mais Yvon me dit après avoir été à Air France que ce n’est pas possible. Déception.
Je salue donc le camp, après dix-sept jours passés là-bas, et rejoins le sanctuaire pour les quelques derniers jours avant le départ pour Pointe Noire...


Je suis contente de revoir les Chimpanzés du Sanctuaire !! Et deux nouvelles bénévoles, Suzy et Elodie, sont arrivées. Je profite des derniers nourrissages autant que je peux, et dédie mon temps libre à trier et nommer mes photos, ainsi qu’à plier bagage… avec un pincement au coeur.
Je prends la route un dimanche, avec Kendou et Gracias. Ca y est. Deux mois. Déjà. Je quitte Conkouati avec plein de beaux et nouveaux souvenirs, venus alimentés les rêves d’il y a cinq ans. Ce séjour m’a apaisé, a apaisé les questions, les envies, les promesses que je m’étais fait, je suis heureuse d’être revenue.

 


Pointe Noire.
En début de semaine, nous allons diner au restaurant avec Aliette. Nous échangeons sur divers sujets et parlons bien évidemment de Help, de projets, et aussi de sensibilisation. Je me permets de lui faire part de mon avis concernant le fonctionnement du camp. En effet, bien que consciente que cela nécessite beaucoup de moyens, il pourrait être pensable d’avoir du personnel supplémentaire réellement «qualifié» : un botaniste, ou un expert environnement qui s’occuperait des plantations, des démarches forestières, et de sensibiliser les touristes avec un discours avisé ; un responsable animalier, qui gérerait l’introduction des bénévoles avec les Chimpanzés, régirait les attitudes adaptées ou non à avoir et surtout à tenir dans le temps, sensibiliserait les touristes à la cause de Help (en parlant du projet, de l’espèce, de la réhabilitation, de l’importance de la sensibilisation, de la consommation, des problématiques ciblées..), et un responsable du camp, qui s’occuperait du relationnel avec Pointe-Noire, des ravitaillements, de rapporter les problèmes matériaux ou techniques, et gérerait l’organisation du travail au camp.
Ce n’est que mon humble avis, mais je pense que le titre de «chef de camp» peut paraitre trop large, peu précis, peut engendrer de la pression inutile, et peut entrainer certaines personnalités dans une pente qu’on pourrait qualifier de narcissique.
Je sais pertinemment que Help est une association qui aurait besoin de moyens financiers supplémentaires. Cela permettrait de pouvoir engager du personnel fixe pour du long terme, et pourquoi pas prévoir des logements spécifiques pour des bénévoles qui resteraient longtemps (une année ou plus, par exemple)…
Plein de projets sont à espérer à l’avenir, afin que Help continue de fonctionner au mieux, continue de sensibiliser la population à la cause des grands singes, de l’environnement et à la déforestation, à la lutte anti-braconnage…
Je souhaite tout le meilleur à cette association, au sein de laquelle je suis vraiment très fière d’avoir travaillé en tant que bénévole !! Ces aventures et rencontres ont changé ma vie, réellement, et me motivent encore plus, si cela est possible, à intégrer le monde de la Conservation. Je ne lâcherai rien, et consacrerai toute mon énergie à faire perdurer les travaux de personnes extraordinaires qui se sont battues envers et contre tous pour cette magnifique cause. Et je souhaite de tout coeur pouvoir y revenir une troisième fois cette année...

 

Elsa, bénévole HELP CONGO, 2ème séjour Novembre 2014 - Janvier 2015

 

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