Je me rappelle mon 2ème jour en forêt.

Je partais avec Ulrich* pour suivre Chinois, qui, à l’époque, était malade.

Lorsque nous arrivons à proximité du chimpanzé, celui-ci se trouve dans une zone marécageuse, en train de déguster des fruits succulents de Pseudospondias.

Nous récupérons quelques fruits au sol pour nous-mêmes puis nous nous plaçons un peu à l’écart, de manière à bien observer Chinois.

Au bout d’un moment, alors que celui-ci est descendu au sol pour manger les fruits répandus par terre, nous entendons un bruit. Chinois se dresse et se camoufle en quelques secondes, sans que nous ne le remarquions.

De la végétation sort alors un énorme gorille solitaire. Calme, majestueux, il ne nous a pas vu. Je n’ai jamais vu de gorille et mon premier réflexe est simple : FUIR !!!

Mais Ulrich me retient pas le bras. Il me regarde fixement avec son air calme et apaisant : « Calme-toi petit, ne bouge pas et ne fais pas de bruit. »

J’écoute les conseils de mon ancien même si des frissons me parcourent le corps.

Nous observons ce géant récupérer quelques fruits au sol (vraiment les Pseudospondias ont du succès !) puis il nous aperçoit et… part, en courant, sans bruit, sans display.

Je suis complètement abasourdi.

Sur le chemin du retour, nous parlons de cette expérience lorsque nous entendons des cris stridents, répétitifs… je suis de nouveau pétrifié. Ulrich, toujours là, me sourit : « Des mandrills. » Je veux fuir de nouveau mais une fois de plus, Ulrich m’explique que je n’ai rien à craindre, le groupe va passer tout simplement, probablement fuir à notre approche. Les animaux sauvages ne sont pas dangereux ou agressifs en soi, ils fuient au moindre bruit, il n’y a rien à craindre. Je reste sur la défensive mais suis tout de même heureux de pouvoir apercevoir ces nouveaux primates.

 

Croquis de Mandrill, de Mathilde Fabbri, bénévole 2011

 


Comment imaginer que quelques centaines de mètres avant l’arrivée au camp nous croisons… un buffle !!!! Avec sa robe couleur de feu et ses belles cornes noires, je trouve l’animal « flamboyant », bien que, comme s’il avait bien retenu la leçon d’Ulrich, nous ne l’apercevons que quelques secondes avant qu’il ne s’enfuit !

Une fois au camp, Marc, le chef de camp, me demande comment s’est passée la journée. Nous lui racontons toutes nos aventures. « Et bien Brady, peu de gens ont eu ta chance au cours de leurs premiers jours ! Tu as été gâté !! »

Sincèrement, le premier mot qui m'est tout d’abord venu à l’esprit n’a pas tout à fait été le mot « chance », car je suis resté un peu fébrile suite à toutes ces émotions et décharge d’adrénaline… mais avec le recul, et maintenant que la forêt est ma deuxième maison, je ne peux m’empêcher de penser : « Oui ! Tu as vraiment eu de la chance ce jour-là de rencontrer de si superbes animaux, à l’état sauvage, sans artifice. »

Brady.

 

* Un autre travailleur congolais