Une petite anecdote retrouvée dans les archives, écrite par Cath, le 19 mars 2009 !

 

Fin d’après-midi, Aliette Jamart, Fanny, Naf, Paul et moi-même marchons sur le layon C, le long de la rivière Louvandzi, accompagnés par Choupette , son nouveau né et Mystic, sa fille juvénile. Paul et Naf marchent en tête. Nous les suivons sans bruit. Soudain, semblant avoir le diable aux trousses, Paul et Naf rebroussent chemin, nous faisant signe de dégager.

Choupette et Mystic également, font de même et prennent la tangente.

Première pensée : un éléphant est en train de charger ! Sans nous poser plus de questions, nous les suivons en courant.

Aliette ayant depuis longtemps repéré dans ce layon un arbre salvateur oblique vers la rivière, s’accroche à une liane qui enserre le tronc de l’arbre et s’assoie dans le vide, le pied gauche emprisonné par une liane au sol. Et vois, comme dans un film, passer à quelques mètres d’elle, sa tête dépassant à peine, un éléphant transpirant et chargeant comme un malade……et se pose la question …. Comment, l’éléphant était derrière nous et maintenant je le vois passer dans l’autre sens ! l’explication a été donnée par Catherine …

 

 

Lisez …Mais non, aucun bruit inquiétant ne nous parvient, et c’est Paul qui nous glisse à mi voix, tout en continuant à courir, qu’il s’agit en fait de rattraper des braconniers qui descendent la Louvandzi en pirogue. Paul et Naf les ont aperçu mais n’ont pas eu le temps de les interpeller ni de les filmer, nous devons donc les devancer et tenter de les intercepter. Paul est en tête, je le talonne de près, les autres suivent. La course s’accélère. A un détour du layon, je vois soudainement Paul piler net et faire demi-tour. « Eléphant !!! » Je vois alors un énorme éléphant qui arrive à toute vitesse vers nous, visiblement très mécontent ! Le groupe fait demi-tour et nous voilà reparti dans l’autre sens, à une allure encore plus soutenue. Après quelques mètres, Paul parvient à bifurquer sur le coté tandis que l’éléphant nous poursuit toujours. Fanny est en tête, je la suis et Naf derrière, talonné à moins de 5 m par l’éléphant furieux. De temps en temps Naf nous transmet une « mise à jour » qui malheureusement est toujours là même : « toujours là, courez !! ». A un moment, je décide moi aussi de bifurquer et je m’enfonce dans la forêt. Après quelques mètres je m’arrête et me cache derrière un (trop petit) arbre. L’éléphant s’est lui aussi arrêté. Naf est devant, toujours sur le layon, à une dizaine de mètre de l’éléphant. Il lui parle… (Pour le calmer ?!?!). Derrière mon arbre, je ne vois pas grand-chose, je surveille donc Naf. Après quelques secondes de répit, celui-ci me crie soudain « Il charge ! Cours ! ». Et me voilà repartie à courir. Mais cette fois l’éléphant semble se contenter de quelques mètres de « charge » et se désintéresse rapidement de moi. Le temps qu’il revienne sur le layon, Naf et Fanny se sont mis à l’abri. Après un grand détour, je rejoins le layon puis le bateau à moteur, et je pars récupérer le reste de l’équipe (l’éléphant, toujours sur le layon, les empêche de rejoindre le bateau). Ouf !!!

Une fois tous embarqués, nous décidons de partir à la poursuite de nos braconniers, mais cette fois en bateau. Notre course poursuite avec l’éléphant nous a fait perdre du temps et nous poussons le moteur à fond pour rejoindre la pirogue avant qu’il ne soit trop loin. La pirogue rattrapée, nous nous collons à elle. Naf parvient à saisir une corde et maintient la pirogue contre notre bateau, tout en conduisant. Paul a sorti sa caméra et filme les évènements. La conversation commence « en douceur ». Il s’agit de pêcheurs, ils rentrent chez eux avec le poisson emballé dans des grands sacs qui emplissent la pirogue. Mais l’odeur nous paraît bien singulière pour du poisson. Nous leur demandons donc d’ouvrir les sacs et de nous montrer leur contenu. Le ton monte. Aliette a le bon réflexe, elle s’empare de leur machette qui traîne dans la pirogue. Après une longue palabre, ils ouvrent deux des quatre sacs. J’aperçois une forme bizarre au sol, sous les pieds du premier braconnier. C’est une tortue aquatique, vivante, entravée par un fil. Nous la récupérons immédiatement. La situation est tendue, je décide de la libérer sans tarder afin d’avoir les mains libres. Elle plonge dans l’eau et disparaît. Une de sauvée ! Nous insistons encore, et l’un des braconniers ouvre finalement le troisième sac. Encore du poisson. Nous serions nous trompés ?? Mais non, l’odeur de viande boucanée est trop forte, et décidément l’homme qui est devant reste bien proche du quatrième sac. Nous tentons de les raisonner, de leur expliquer qu’il existe des lois, des lois congolaises, et qu’ils ne sont en aucun cas autorisés à chasser (la pêche est tolérée) dans le Parc National. Un des deux individus, le plus jeune, s’énerve de plus en plus. Il veut récupérer sa machette qu’Aliette a cachée sous un banc de notre bateau. Fanny la saisit et la met hors de portée. L’homme qui est derrière lève sa rame….A nouveau nous tentons de calmer la situation par le dialogue. Ils finissent par consentir à ouvrir le fameux sac. Un crocodile, découpé en morceaux et déjà boucané !! Il s’agissait d’un gros animal et leur version comme quoi il se serait coincé dans le filet ne tient guère la route. Que faire maintenant ? Nous leur laissons le choix, soit ils nous remettent la viande, soit nous les accompagnons jusqu’au Quartier Général des Eaux et Forêt, dans la lagune, où réside le conservateur du Parc. Ce campement est loin, il est tard, nous n’avons guère d’essence et si nous ne revenons pas au camp du triangle avant la nuit, le reste de l’équipe va s’inquiéter. La deuxième option tient plutôt du bluff. Heureusement, la menace d’avoir affaire aux autorités congolaise semble peser. Ils nous remettent finalement la viande et nous leur rendons leur machette. La pirogue repart et nous de même, en sens opposé. Nous ne pouvons garder la viande, je filme Paul pendant qu’il la jette par-dessus bord. C’est du gaspillage mais son utilisation nous rendrait complices. Ce crocodile est mort pour rien, reste à espérer que les deux hommes vont retenir la leçon. La prochaine fois, ne serait-ce que par peur de se faire attraper, se contenteront-ils vraiment que de pêcher ?